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Culture & Histoire

Tartane, le village de pêcheurs de la Caravelle

Villa Kaïbana 12 juillet 2026 5 min de lecture

Barques de pêcheurs colorées dans la baie de Tartane, le village de la presqu'île de la Caravelle en arrière-plan

Au petit matin, bien avant que le soleil ne passe la crête de la presqu’île, les premiers gommiers quittent déjà la plage. On les entend plus qu’on ne les voit : un moteur qui toussote, deux voix qui se répondent, le raclement d’une coque tirée sur le sable. À Tartane, la journée ne commence pas à la maison — elle commence au port, quand les pêcheurs partent relever les nasses.

Posé sur son isthme, entre l’Atlantique et une baie abritée, Tartane est le seul vrai village de la presqu’île de la Caravelle, et son cœur bat au rythme de la mer. C’est là qu’est plantée la Villa Kaïbana. Voici le village qu’on a sous les pieds tout au long d’un séjour : son histoire, son port, ses plages et ses tables — et pourquoi, ici, on ne visite pas Tartane, on y vit.

Un village né de la mer

Le nom dit déjà tout. Une tartane, c’est un petit voilier de Méditerranée, gréé d’un grand mât et d’une antenne, taillé pour la pêche et le cabotage. On raconte que le village lui doit son nom — et l’histoire lui va bien, car depuis toujours, ici, on vit de la mer.

Tartane occupe l’étroite langue de terre qui rattache la presqu’île de la Caravelle au reste de la Martinique. D’un côté, l’Atlantique et sa côte « au vent », la plus exposée de l’île ; de l’autre, une baie que le relief met à l’abri de la grande houle, et qui reste calme quand le large se creuse. Ce double visage — l’océan devant, l’anse tranquille derrière — c’est toute la géographie du village.

Ils sont un peu plus de trois mille à y vivre. La colonisation de ces terres remonte à la fin du XVIIᵉ siècle, à l’époque où la famille Dubuc s’installe sur la presqu’île ; le bourg, lui, prend forme au début du XVIIIᵉ. Vint le temps de la canne à sucre et du rhum — le nom de la distillerie Hardy reste attaché au village — mais c’est la pêche qui a duré. Aujourd’hui encore, c’est elle qui donne le tempo.

Le port et ses gommiers

C’est le vrai spectacle du matin. Le long de la plage du bourg, les gommiers — ces barques de bois aux couleurs vives, héritées des pêcheurs d’autrefois — sont tirés sur le sable ou mouillent dans l’anse. Dès l’aube, ils partent relever les filets et les nasses, ces grands casiers tressés dans un bois choisi pour résister au sel. Quelques heures plus tard, ils reviennent.

Alors le port s’anime pour de bon. On vide et on écaille la pêche sur des tables de bois, à même la plage ; sur le bord de la route, un petit marché aux poissons s’improvise. Vivaneaux, dorades, thazards, parfois une langouste ou quelques crabes : ce qui se vend là a été pêché le matin même, à quelques encablures. Venez tôt — quand le soleil est haut, les étals sont déjà vides et les pêcheurs raccommodent leurs filets à l’ombre.

Les plages du bourg

Tartane, c’est aussi un chapelet de plages, toutes à portée du village. La plage du Bourg s’étire au cœur du bourg : sable doré, eau calme retenue par les hauts-fonds, ponton de bois — la baignade familiale par excellence, à dix minutes à pied de la villa. Juste à côté, la plage de la Brèche offre la même eau tranquille, sous l’ombre des raisiniers.

À quelques minutes de voiture, l’Anse l’Étang aligne ses tables de pique-nique sous les arbres et quelques adresses les pieds dans le sable, dont le Cocoa Beach Café. Et puis, passé la pointe, il y a l’autre versant : l’Anse Bonneville, que tout le monde appelle la plage des Surfeurs, où l’Atlantique déroule enfin ses vagues. Deux ambiances pour un même village — l’anse pour se baigner, le large pour glisser.

À table, face à la mer

Le midi, on suit les pêcheurs jusqu’à leurs tables. Le long du bord de mer, quelques restaurants sans façon — dont l’institution Chez Titine — servent la pêche du jour sur des terrasses posées sur l’eau : poisson grillé, court-bouillon, accras croustillants, langouste les jours de chance, le tout arrosé d’un ti’punch. Rien de compliqué, tout est frais, et la carte dépend de ce qui est rentré au port.

Pour cuisiner à la villa, le poisson du matin s’achète directement sur la plage. Et pour le reste — fruits, épices, légumes pays, rhums arrangés —, le marché de La Trinité, tout proche, vaut le détour le samedi matin, autant pour les étals que pour l’ambiance.

Autour du village

Le village fait aussi un camp de base idéal. À l’entrée de la presqu’île commence la réserve naturelle de la Caravelle : le sentier qui longe les falaises, les ruines du Château Dubuc, le vieux phare et sa vue à 360°, la mangrove calme de la Baie du Trésor. De l’autre côté de la baie, on embarque au Robert pour les fonds blancs, ces bancs de sable où l’on se baigne en pleine mer. Et pour une parenthèse rhum, la distillerie Saint-James, à Sainte-Marie, est à une vingtaine de minutes.

Tout cela tient dans un rayon de quelques kilomètres. C’est le luxe discret de Tartane : on rayonne loin sans jamais rentrer tard.

Tartane, au rythme Kaïbana

Ce qui rend Tartane singulier, ce n’est pas un monument ni une plage en particulier — c’est d’avoir gardé son métier. Ici, on croise encore les pêcheurs sur le sable, on achète son poisson au retour des barques, on cale ses journées sur la houle et l’heure de la marée. Depuis la Villa Kaïbana, plantée au-dessus de la baie, tout cela est à portée de pas.

On descend au port le matin, on remonte pour la sieste, on redescend dîner face à l’eau. Le soir, quand les derniers gommiers dorment sur le sable et que le village s’éteint doucement, il reste un ti’punch sur la terrasse et le bruit du large au loin. On n’a pas visité Tartane : on y a vécu, quelques jours — et c’est bien ce qu’on en retient.

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